Mobiliser son corps, s’intégrer et participer à un projet collectif, en tenant sa partie vocale dans un contexte polyphonique, formule rythmique simple et structurante, phrase musicale, accentuation, appui, organisation formelle à partir des éléments rythmiques.

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Les TraAM en histoire des arts
Portail national HDA : http://urlc.fr/HOSycd


Présentation générale

Le professeur interroge les éventuelles sources d’inspiration de Jean-Philippe Rameau quant à la composition de sa pièce pour clavecin Les Sauvages, en particulier dans le domaine du rythme. Le mythe du Bon Sauvage est aussi envisagé et questionné à travers la version des Sauvages, version orchestrale et vocale issue de l’opéra-ballet Les Indes Galantes. Parallèlement, il propose aux élèves de revisiter vocalement cette pièce.

Objectif HDA :
Comment le goût pour l’exotisme se manifeste-il dans l’œuvre musicale de Rameau ?

Thématique HDA  :
« Arts, espace, temps »
- Entrée : " L’œuvre d’art et la place du corps et de l’homme dans le monde et la nature ; les déplacements dans le temps et l’espace et leur imaginaire."

Domaine musical :
- Domaine du temps et du rythme (+ domaine du successif et du simultané).
- Domaine de la voix et du geste.

Problématique musicale :
Quels procédés rythmiques permettent à Rameau de composer une danse inspirée par des danses indiennes traditionnelles ?

Niveau :
Quatrième

Notions et compétences musicales travaillées :
Mobiliser son corps, s’intégrer et participer à un projet collectif, en tenant sa partie vocale dans un contexte polyphonique, formule rythmique simple et structurante, phrase musicale, accentuation, appui, organisation formelle à partir des éléments rythmiques.

Œuvres  :
- Jean-Philippe Rameau, Les Sauvages, pièce pour clavecin, 1729
- Jean-Philippe Rameau, Danse du Calumet de la paix, 4e entrée Les Sauvages, extrait de l’opéra- ballet Les Indes Galantes, 1735.

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"Les Indes Galantes", livret, 1736
Bibliothèque nationale de France
http://urlz.fr/2xep

Projet vocal et chorégraphique

Apprentissage vocal du refrain de la danse du Calumet de la paix :

  • Cet apprentissage nécessite de transposer la pièce qui est initialement en sol mineur (certaines notes pour les sopranos sont un peu aigues) ; il est préférable de le proposer en mi mineur, ou ré mineur pour un apprentissage plus aisé. Seul le refrain est proposé. Bien qu’en apparence modeste, il s’agit de proposer un apprentissage polyphonique des deux parties vocales qui, reste toujours un peu délicat à mettre en place (celle du personnage de Zima et celle du personnage d’Adario) et cette interprétation vocale sera ensuite combinée à une création chorégraphique.
  • Il est important de prêter une attention toute particulière à la justesse des sauts d’intervalles, aux attaques délicates sur les notes aiguës, à l’intervalle de quarte diminuée, aux entrées décalées entres les voix. Selon le niveau des classes, on peut éventuellement intégrer l’exécution de quelques ornements.


Déroulé de la séquence intégrant les écoutes et la pratique.

Séance 1 : S'inspirer d'une danse exotique.

Objectif  :
Proposer une étude comparative entre une musique traditionnelle indienne d’Amérique du Nord et la pièce de Rameau, Les Sauvages, pour faire comprendre aux élèves que la création du compositeur est assez fantaisiste et semble s’éloigner du modèle observé. Rameau ne recherche aucunement une certaine vraisemblance.

Que font les élèves ?

  • Lecture de l’extrait du Mercure de France qui relate les danses d’Indiens d’Amérique, danses observées par Rameau. Ce sont ces danses qui vont lui inspirer l’écriture de la pièce Les Sauvages.

Point de départ : l’observation par Rameau au Théâtre Italien, d’indiens interprétants des danses traditionnelles en 1725.

« Deux sauvages venus depuis peu de la Louisiane, grands et bien faits, âgés d’environ vingt-cinq ans, dansèrent trois sortes de danses, ensemble et séparément, et d’une manière à ne pas laisser douter qu’ils n’aient appris les pas et les sauts qu’ils font, très loin de Paris.[…]
Le premier danseur représentait un chef de sa nation, vêtu un peu plus modestement qu’on ne l’est à la Louisiane, mais en sorte que le nu du corps paraissait assez. Il avait sur la tête une espèce de couronne, pas riche, mais fort ample, ornée de plumes de différentes couleurs. L’autre n’avait rien qui le distinguât d’un simple guerrier. Le premier fit entendre à celui-ci, par sa façon de danser, et par ses attitudes cadencées, qu’il venait proposer la paix, et présenta le calumet ou étendard à son ennemi. Ensuite, ils dansèrent ensemble la danse de la paix. La seconde danse appelée la guerre, exprime une assemblée de Sauvages, où l’on prend le parti de faire la guerre à tel ou tel peuple, et on en fait voir toutes les horreurs. Ceux qui sont de ce sentiment opinent en venant se mêler à la danse. Dans la troisième le guerrier va d’abord à la découverte de l’ennemi, armé d’un arc et d’un carquois rempli de flèches, pendant que l’autre assis par terre bat du tambour, ou espèce de timbales pas plus gros que la forme d’un chapeau. Après avoir découvert l’ennemi, le Sauvage revient en donner avis à son Chef. Il imite ensuite le combat, dans lequel il suppose avoir défait l’ennemi. Après quoi, ils dansent ensemble la danse de la Victoire. »
Description de cet évènement relaté dans le journal Le Mercure de France.
  • Découverte d’une danse traditionnelle amérindienne. Repérer certaines caractéristiques musicales et chorégraphiques : identification des familles instrumentales employées et du rôle de chaque instrument, des voix ; des signatures rythmiques et des pas et gestes exécutés.
    A titre d’exemple, on peut consulter ce type de document visuel et sonore : https://www.youtube.com/watch?v=TNPTl3kVb3k
  • Proposition d’un outil pour réaliser l’observation et l’analyse du document vidéo : un premier document est proposé avec une liste de mots que les élèves vont pouvoir entourer pour ceux qui semblent correspondre à ce qu’ils voient et entendent. Ces mots sont ensuite répertoriés dans le diagramme suivant afin de réaliser un schéma "heuristique" d’une danse amérindienne.

Schéma, les caractéristiques d'une danse amérindienne

  • Écoute et comparaison avec la pièce de Rameau : version vidéo de la scène du Calumet de la paix, extrait de la 4e entrée Les Sauvages, des Indes Galantes de Rameau.
  • Découverte vidéo de la version de William Christie. Observation de la chorégraphie et des décors et costumes. Version chorégraphiée par Blanca Li ; décors et costumes de Marina Draghici.
    https://www.youtube.com/watch?v=3zegtH-acXE

Conclusion
En s’inspirant d’une danse traditionnelle indienne observée à Paris, Rameau, compositeur de l’époque baroque, s’inscrit dans ce goût prononcé pour l’exotisme que l’on retrouve dans la mode, les arts décoratifs, la peinture, la littérature au XVIIIe siècle. Pour autant, il ne s’agit nullement de rechercher une forme de réalisme mais de s’inspirer très librement d’une danse de « sauvages ».

Projet vocal :
Apprentissage du début du refrain (forêts paisibles).

Séance 2 : Retrouver la signature rythmique de la danse des {Sauvages

Objectif :
Identifier la signature rythmique à partir de laquelle la pièce Les Sauvages est construite.

Que font les élèves ? :

  • Découverte des trois enchaînements rythmiques qui caractérisent la pièce de Rameau. Le professeur tape dans ses mains (ou sur un instrument à percussion dont il dispose) chaque rythme ; il propose aux élèves de l’imiter (en solo, en duo, en petit groupe). Chaque enchaînement rythmique est associé à un geste percussif sur le corps (le body clapping) : on peut donc proposer par exemple que les croches seront tapées sur la poitrine, la blanche sera tapée dans les mains et les noires seront frappées par les pieds. Pour éviter toute raideur gestuelle, il est recommandé de travailler dans un tempo modéré initialement.
Les 3 figures rythmiques employées :
  1. L’enchaînement de 4 croches (ou 4 minimes) : figure A en mains alternées
  2. La blanche (ou longue) : figure B
  3. L’enchaînement de 4 noires (ou 4 brèves) : figure C
  • Jeu de reconnaissance : le professeur propose aux élèves d’essayer d’exécuter plusieurs enchaînements combinant les 3 figures rythmiques de base ; les formules sont notées au tableau et les élèves tentent de les exécuter : AB – ABB- CB- CAB-BAC.... L’une des formules correspond à la signature rythmique employée par Rameau (rappel : un ostinato en musique est une formule répétée en boucle).
  • Écoute de la pièce de Rameau dans sa version clavecin de 1729 : identification de la signature rythmique.

Conclusion :
La pièce Les Sauvages repose sur une signature rythmique, comme toutes les danses. Cette signature combine l’enchaînement suivant : une longue, 4 minimes et 4 brèves. En musique, la longue correspond à une blanche qui vaut 2 temps, la brève correspond à une noire qui vaut la moitié d’une longue (donc un temps), et la minime est une croche qui vaut un demi-temps.
Comme cette formule rythmique est présente tout au long de la pièce, on peut parler d’ostinato rythmique. L’utilisation de cet ostinato contribue à créer une unité générale à la pièce musicale. Or, cet aspect rythmique répétitif est très présent dans les danses traditionnelles amérindiennes

Projet vocal  :
Apprentissage de la seconde partie musicale (Jamais un vain désir ne trouble ici nos cœurs).

Séance 3 : Unité / Variété

Objectif :
Identifier la forme musicale à petite échelle à partir des enchaînements rythmiques afin d’en déduire le principe d’unité et de variation de la pièce de clavecin de Rameau.

Que font les élèves ?
Travail en groupes en salle informatique :

  • Chaque groupe dispose d’un dossier qui comporte l’enregistrement du refrain ou de l’un des couplets, et dispose de la partition.
    - Partition récupérable sur le site IMLSP
  • Repérer par l’écoute, et avec l’aide éventuelle de la partition, le nombre de répétition de l’ostinato, le nombre de passages qui ne correspondent pas à cet l’ostinato.
  • Dans un second temps, toujours à partir de l’écoute, colorier l’apparition de la signature rythmique sur la partition. en distinguant l’enchaînement initial (dans une couleur) et les 4 noires suivantes (dans une couleur différente).
  • Correction commune avec l’analyse proposée sur youtube :

Au préalable, le professeur a présenté la partition et a donné quelques points de repère qui permettent :
-  d’identifier la portée musicale de la main droite avec la clé de sol et la portée de la main gauche avec la clé de fa,
-  de bien comprendre que les deux mains jouent ensemble (ce qui est indiqué par l’accolade qui réunit ces deux portées) donc à l’écoute, ces deux portées musicales seront bien entendues en même temps,
-  d’identifier la notation de l’ostinato au début de la partition.

Conclusion  :
On repère l’intégration d’autres enchaînements rythmiques qui viennent interrompre l’ostinato, telles des cassures dans le discours musical. De plus, on remarque aussi que dans les couplets, en particulier le second couplet, l’ostinato est écourté et Rameau préfère utiliser uniquement l’enchaînement de la blanche et des 4 croches. Le compositeur va donc à la fois donner une unité générale à sa pièce avec son ostinato mais aussi par les cassures ou l’ostinato écourté, il introduit de la variété. En cela, il s’éloigne du modèle de la danse amérindienne et retrouve une des caractéristiques du style baroque.

Projet vocal  :
Apprentissage vocal de la fin du refrain. Les élèves ne manqueront pas de remarquer que le refrain est structuré autour d’une phrase musicale en deux incises, qui est répétée : un antécédent (Forêts paisibles, jamais un vain désir ne trouble ici nos cœurs) et un conséquent (S’ils sont sensibles… faveurs).

Séance 4 : Ouverture vers les Lettres. Le mythe du bon sauvage.

Objectif  :
Découvrir comment cette pièce de Rameau, transposée dans son opéra-ballet, Les Indes Galantes, contribue au mythe du Bon Sauvage

Que font les élèves ?
Découverte du livret des Sauvages :
- Quel message souhaite transmettre Zima et Adario ?
- Quelle comparaison pouvez-vous établir avec les textes étudiés en cours de français ?

Quatrième entrée :
Dans une forêt d’Amérique, deux officiers, un Français Damon et un Espagnol, Don Alvar, courtisent une jeune indienne, Zima. Le premier vante l’inconstance légère, le second la grave passion : mais à l’un comme à l’autre, la douce « sauvagesse » oppose sa fidélité à Adario, chef des armées de la nation sauvage. La Fête du Calumet de la Paix, avec l’Hymne aux forêts sauvages, à la simple nature, à l’amour innocent et à la paix, scelle l’union de Zima et d’Adario, en même temps que la réconciliation des peuples. [1]
Danse du Calumet de la Paix, exécutée par les Sauvages. Duo

Zima et Adario
« Forêts paisibles,
Jamais un vain désir ne trouble ici nos cœurs.
S’ils sont sensibles,
Ce n’est pas au prix de tes faveurs. »

Chœur des sauvages.

Zima et Adario
« Dans nos retraites,
Grandeur, ne viens jamais
Offrir tes faux attraits !
Ciel, ciel, tu les as faites
Pour l’innocence et pour la paix. »

Refrain…

Zima et Adario
« Jouissons dans nos asiles
Jouissons des biens tranquilles !
Ah, peut-on être heureux,
Quand on forme d’autres vœux, »

Refrain…

Les élèves pourront tisser des liens entre la forêt magnifiée où se déroule l’action de cette entrée et les descriptions de paysages exotiques étudiées en français. Ils pourront surtout établir des correspondances avec le mythe du bon sauvage évoqué dans Robinson Crusoé : vision d’un homme primitif idéal, qui n’a pas été perverti par la civilisation, par l’appât de la Fortune, de la Grandeur, des faveurs, des richesses, de la Renommée....
Le monde sauvage de Zima et Adario est présenté comme préservé et l’incarnation d’un bonheur simple. Certains élèves pourront démasquer la vision un peu idéalisée que Rameau et son librettiste Fuzelier véhiculent : le sauvage est ici un peu déformé et simplifié (en sachant que cette vision embellie ne se retrouve volontairement pas dans toutes les entrées ; ainsi, dans Les Incas du Pérou où précisément le prêtre Huascar complote contre les amants et va jusqu’à déclencher une éruption volcanique pour donner l’illusion qu’il parle au nom des dieux).

Projet vocal :
Évaluation

Séquence à télécharger :

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Séquence éducation musicale

Annexe

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Schéma à compléter

Notes

[1Argument emprunté à Philippe Beaussant dans l’Avant-scène opéra consacré aux Indes Galantes., Ed Premières Loges, N°46, décembre 1982, p 28.