L’objectif de cette présentation est de montrer qu’un projet d’histoire des arts, pour trouver sa cohérence, doit transcender le cloisonnement par niveaux et se concevoir sur la totalité de la scolarité de l’élève au collège. L’élément fédérateur peut-être comme ici un personnage (la femme) ou bien encore des concepts aussi divers que le pouvoir, le mouvement, la lumière etc. Ce « fil rouge » est alors suivi et décliné chaque année autour d’une problématique spécifique et commune à toutes les disciplines engagées dans l’enseignement de l’histoire des arts.
Cette colonne vertébrale, ce « projet d’histoire des arts de l’établissement » n’épuise bien évidemment pas les possibilités de construction d’une « culture artistique partagée ». Chaque professeur, dans sa discipline, peut et doit à chaque occasion mettre ses élèves en contact avec des œuvres qu’elles se rattachent ou non au thème fédérateur choisi.

Il n’est pas question ici de proposer des séquences "clef en main" mais seulement de dégager, autour d’une même thématique, des pistes pour chaque niveau de classe. L’exemple proposé ici concerne principalement le cours de français et le cours d’allemand, occasionnellement celui d’histoire ou de musique mais d’autres champs disciplinaires pourraient bien évidemment y trouver leur place : d’autres langues vivantes, les arts plastiques, l’EPS etc.

Disciplines concernées :

  • français
  • allemand
  • histoire
  • musique

Objectifs :

  • Décrypter la représentation de la femme à différentes périodes de l’histoire et dans différentes cultures.
  • Comment certaines représentations de la femme au fil du temps et au cœur des arts peuvent-elles éclairer le fonctionnement de notre société, de nos relations humaines et de notre culture ?
  • Comment l’interprétation de ces représentations peut-elle conduire à la prise de conscience d’une évolution au cours des siècles et à une remise en question voire à la déconstruction du mythe de "la" femme lorsque celui-ci est lié au mal ?
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Présentation de la séquence de la sixième à la troisième

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Présentation de la séquence de la sixième à la troisième

Démarche :

Nous avons tenté :

  • d’établir des correspondances entre nos disciplines en respectant le programme des différents niveaux.
  • de faire émerger des caractéristiques propres à l’image donnée de la femme, dans une perspective changeante.
  • de mettre à profit les acquis d’une discipline pour enrichir et éclairer l’autre.
  • d’établir une logique d’apprentissage autour d’un thème unique et de l’inscrire dans la continuité.
  • d’oeuvrer à l’ouverture culturelle de nos élèves.

Programmation :

1°)UNE REPRÉSENTATION DE LA FEMME DANS LA MYTHOLOGIE EN SIXIÈME

En allemand : « Un exemple de femme dans la mythologie nordique »

Support iconographique :

-les Walkyries : Johan Gustav Sandberg, 1818 : La chevauchée des Walkyries : représentation de l’univers guerrier équestre et mise en évidence de leur origine : le Walhalla.

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Support musical :

- extrait de l’opéra de Wagner, L’anneau de Nibelung, 1870 : la chevauchée des Walkyries (prélude de III, 1)

-Mise en œuvre : en découvrant simultanément la peinture et l’extrait de l’opéra de Wagner, les élèves pourront, par exemple, trier de petites cartes sur lesquelles seront écrits des adjectifs pour décrire l’atmosphère. Pour approfondir, on pourra également aménager un support d’écoute : Brünnhilde, l’une des valkyries se présentera aux élèves et expliquera quel est son rôle.

Support vidéo :

- extrait de l’émission Karambolage (DVD Arte) : l’origine de la marque « Vache qui rit » et l’utilisation à outrance des Valkyries à des fins de caricature dans le contexte des conflits franco-allemands

Tâche finale : Découvrir des personnages féminins clef dans la mythologie nordique. Comprendre leur fonction et étudier leur illustration dans l’oeuvre de Richard Wagner.

En français : « La femme, image de la curiosité »

Supports littéraires :

- le mythe d’Eve
- le mythe de Pandore

Supports picturaux :

  • Cranach l’Ancien, Adam et Eve, 1531 : Eve dans la posture de la tentatrice qui tend la pomme à Adam
  • Peter Paul Rubens, Adam et Eve, entre 1598 et 1600 : Adam semble mettre Eve en garde.
  • John William Waterhouse, Pandora, 1896 : deux versions, la première (la rousse) évoque une curiosité coupable et la seconde (la brune) évoque une curiosité plus innocente .
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    Objectif : Montrer que dans la représentation mythologique la femme est responsable des malheurs des hommes et du monde.

Le choix de deux femmes porteuses de "Mal" dans la mythologie vise non pas à figer cette image dans l’esprit des élèves mais au contraire à déconstruire le mythe, à l’étendre sur le monde contemporain en l’interrogeant afin de réfléchir aux mentalités contemporaines et à l’Humanité dans ses fondements.

2) UNE REPRÉSENTATION DE LA FEMME DANS L'AMOUR COURTOIS EN CLASSE DE CINQUIÈME

En allemand : « La femme, objet du désir »

Support iconographique :

- Minnesänger : 1305–1340. Enluminure. Manuscrit de Heidelberger (Codex Manesse).
- Support littéraire : Heinrich von Morungen, extrait de Lieder : Süße sanfte Mörderin Mise en oeuvre : Poète allemand (Thuringe v. 1150 – Leipzig 1222).

Heinrich von Morungen est représentatif du Minnesang à son apogée. Outre les termes-clé de la littérature courtoise présents dans l’extrait choisi (le cœur, l’amour, la dame, la noblesse, le respect, la douceur), nous étudierons la vision propre à Morungen de l’amour qui peut avoir un effet magique, destructeur et parfois meurtrier.
En classe de 5ème, on se concentrera sur un travail lexical et thématique en masquant les mots clés du poème par des symboles que les élèves devront retrouver.

Tâche finale : Organiser un voyage fictif à Braunschweig pour participer au festival européen du Minnesang (littérature courtoise). Définir une vision de la femme au Moyen Âge à partir d’un poème authentique de Heinrich von Morungen, grand poète de la littérature courtoise.

En français : « La femme, complice du péché d’amour »

Supports littéraires :

  • extrait du Lancelot ou le chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes (XIe siècle) : l’épisode où Lancelot et Guenièvre consomment leur amour
  • extrait de L’Enchanteur de Barjavel, 1987 : Lancelot échoue dans la quête du Graal parce qu’il n’est plus chaste.

Supports iconographiques :

- enluminures de la BnF : Guenièvre embrasse Lancelot n°112-114-118 (XVe siècle) : Guenièvre embrasse Lancelot à l’écart de la cour mais devant ses suivantes et Galehaut le sénéchal

Objectif : Montrer que si habituellement la femme est une motivation pour le chevalier, elle est ici une force contraire

En musique : "le point de vue féminin sur la relation amoureuse courtoise"

L’amour courtois est majoritairement dépeint du point de vue masculin. Il est généralement question de l’expression des sentiments du poète-amant, le troubadour ou le trouvère. Or il existe bien un équivalent féminin à la figure du troubadour, ces femmes poétesses que l’on appelait « trobairitz ».
La séquence de musique propose de poursuivre la réflexion sur la vision de la femme dans l’amour courtois, déjà bien explorée en français et en allemand. En choisissant pour œuvre de référence une chanson composée par une femme, la Comtesse Béatrice de Die, les élèves pourront découvrir l’existence d’un point de vue féminin sur la relation amoureuse courtoise. Dans le projet musical, il pourront s’approprier une pratique chère aux poètes, le « joc-partit » (jeux-partie en langue d’oïl).

Support iconographique :

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Enluminure représentant la Comtesse de Die, manuscrit de la BnF (fr. 12473, réalisé en Italie dans le dernier quart du XIIIe siècle) :

Supports musicaux

A chantar, chanson de Béatrice de Die

A chantar, chanson de Béatrice de Die

La « vida » de Béatrice de Die

La « vida » de Béatrice de Die


Quan vei la laudeta mover de Bernard de Vantadour.

Quan vei la laudeta mover

Les extraits sont empruntés au disque Troubadours, Clemencic consort, René Clemencic, Harmonia Mundi, 1995.

3°) UNE REPRÉSENTATION DE LA FEMME EN CLASSE DE QUATRIÈME : SAVANTE ET MONDAINE

En allemand : « Sissi, impératrice d'Autriche : de la femme mondaine à la femme endeuillée »

Support iconographique :

  • Franz Xaver Winterhalter, Kaiserin Elisabeth von Österreich, 1865.
  • Elisabeth von Österreich, 1898

Mise en œuvre  : Les élèves devront commenter d’emblée deux portraits opposés de l’Impératrice d’Autriche, l’un peu après son couronnement, l’autre peu avant son assassinat dans une tenue de deuil. Nous chercherons alors les raisons de ce basculement dans la solitude et la mélancolie.

Support musical :
- La chanson Wenn ich dein Spiegel wäre tirée de la comédie musicale Elisabeth de Michael Kunze.

L’étude de cette chanson nous permettra de comprendre pourquoi Sissi ne supportait plus la cour des Habsbourg. Nous évoquerons quels étaient les rapports qu’elle entretenait avec son fils Rudolf.

Tâche finale : Être capable d’organiser une excursion imaginaire en Allemagne pour assister à la comédie musicale Elisabeth. Créer des affiches de spectacle sur la vie de Sissi en évoquant sa vie mondaine puis la fuite de la cour des Habsbourg mais aussi son rapport avec son fils Rudolf.

En français : « La femme mondaine

Supports littéraires :

- Lettres, Madame de Sévigné, 1671

Supports picturaux :

-La marquise de Sévigné, Claude Lefèbvre, 1665 : illustration de la préciosité

Objectifs : Évoquer la femme précieuse et instigatrice de l’échange culturel, de la gazette courtoise
Aborder l’esthétique du portrait, dont le portrait officiel.

En histoire : "Émilie du Châtelet, une femme des Lumières"

Supports picturaux :

- Emilie Du Châtelet à son bureau, huile sur toile, auteur et date inconnus, Choisel, château de Breteuil.

- La Marquise Du Châtelet, vers 1745, Marianne Loir
(vers 1715-après 1779), huile sur toile, 118 cm x 96
cm, Bordeaux, musée des Beaux-Arts.

Gravure :

- Frontispice de l’ouvrage de VOLTAIRE Éléments de la philosophie de Newton mis à la portée de tout le monde, 1738.

Objectifs :

  • Tracer le portrait d’une savante des Lumières et par là même définir le mouvement des Lumières.
  • Montrer comment les peintres du XVIIIe siècle dressent le portrait d’une femme dans son intimité.
  • Montrer qu’Émilie du Châtelet, tout en étant une exception en son temps, n’échappe pas au sort commun fait aux femmes (relation avec Voltaire).

4°) UNE REPRÉSENTATION DE LA FEMME ÉMANCIPÉE EN CLASSE DE TROISIÈME

En allemand : « Marlène Dietrich : une femme de cabaret »

Support iconographique :

  • Der blaue Engel : photo extraite du film l’Ange Bleu de Josef von Sternberg.
  • Photo de Liza Minelli dans le film Cabaret de Bob Fosse.

Support vidéo :

  • Extrait de l’émission Karambolage : l’histoire de la chanson Lili Marleen.
  • Extrait du film L’Ange bleu, Josef von Sternberg, 1930

Il est intéressant de voir dans quelle mesure la femme de cabaret est encore très à la mode au fil du 20ème siècle jusqu’à nos jours.
La posture de Liza Minnelli sur une chaise rappelle celle de Marlène Dietrich sur un tonneau. Si l’intrigue du film Cabaret est différente de celle de L’Ange bleu, la montée du nazisme était déjà en filigrane dans le film de 1930, et encore plus explicite avec le recul du temps dans Cabaret.

Tâche finale  : Définir une image de la femme de Cabaret dans le contexte des années 30 et de la montée du nazisme.
Organiser une exposition au CDI pour les cent ans de Marlene Dietrich.

En français : « La femme militante »

Support littéraire :
-Le Deuxième sexe, Simone de Beauvoir, 1949

Supports visuels :

- Deux photographies de Coco Chanel : l’une la représentant jeune et moderne, l’autre, plus tard, dans son atelier, au travail, encore une fois émancipée.

Objectif : Montrer que la femme au XXe siècle se libère des carcans et veut être considérée comme une égale